Ou quand les médias rendent des comptes devant la commission
parlementaire
La commission parlementaire, saisie par le procès d’Outreau, entendait la voix des nombreux journalistes français ayant couvert l’affaire. Dès le début du procès
l’intrigue est rendue médiatique, bien plus, elle est rendue « commerciale ». Retour sur les fautes des serviteurs de l’info au profit des gros magots grâce aux multiples
ragots.
Stéphane Durand-Souffland grand reporter au « Figaro », Eric Dussart journaliste pour
« La Voix du Nord », Florence Aubenas, journaliste pour « Libération » ont légitimement reconnu leurs fautes dans la manière dont ils ont vastement et imprudemment traité le
sujet. Face à la commission parlementaire, leurs interventions faisaient office de mea culpa.
Ils ont foncé tête baissée en présentant les accusations comme des faits
avérés. Les journaux titraient « l’enfer de la tour du renard… », « Les pédophiles d’Outreau »… Aucune précaution n’était prise, Florence Aubenas avoue avoir travaillé
sur un dossier en « sable ». Des écrits fondés sur des témoignages sans certitudes des sources.
La course à l’exclusivité était devenue inévitable. Des titres racoleurs
mais surtout accrocheurs. Et oui car les médias sont devenus de véritables entreprises parfois au mépris de la déontologie. Il faut des titres qui font vendre, il faut du sensationnel, des
coupables, un procès horrible, soit disant "le plus important des affaires de pédophilie jamais découverte en France".
Aujourd’hui, ils ont subitement retourné leur veste. La presse efface ses
propres traces des années antérieures. M. Legrand, à qui les médias avaient conféré le rôle de « pornocrate spécialisé dans la pédophilie », devient un martyr. France 2 s’introduit dans son appartement quelques heures après sa libération pour filmer ses retrouvailles avec le
reste de sa famille. Deux ans et demi plus tôt, la même chaîne le filmait, au ralenti, arrivant menottes aux poignets au palais de justice de Boulogne-sur-Mer. Sitôt libérés de prison, les
anciens accusés sont enlevés par les télévisions et par les radios. Sur ce « produit » aussi, la concurrence est féroce : la boulangère, le prêtre, la femme de l’huissier...Ils ont
brisé des vies.
L’abbé Dominique Wiel, présenté à longueur de temps et d’articles comme un
violeur d’enfants, n’a pourtant pas exprimé de rancune vis-à-vis des médias. Depuis 2001, ces derniers se sont emparés de l’affaire… Et de leur image. Aujourd’hui reconnus non coupables ils
essuient les blessures que les médias leur ont infligées tout au long du procès. L’un des 13 accusés blanchis, François Mourmand, n’a pas tenu le coup. Pression médiatique et judiciaire trop
forte ? Il s’est suicidé.
Ce procès a vraiment montré, la malfaisance et la persécution de la part des
médias. Comme les onze autres adultes faussement accusés dans cette chasse aux sorcières menée par les médias, ils ont, depuis le premier jour, clamé leur innocence face à toutes les accusations
de viol et d’abus sexuels envers des enfants. Cette affaire, qui a pour théâtre une cité ouvrière pauvre d’Outreau, a cruellement brisé tellement de vies et en particulier celles des enfants qui
en sont au centre.
En pleine période de paranoïa parentale
Et bien sûr un procès qui débute en pleine période de paranoïa totale. On sait bien que les
enfants rendent fous les parents. Mais la vérité sort de leur bouche, c’est bien connu. C’était tellement facile de les croire, presque réconfortant de voir dans la presse que ce que l’on
s’imaginait « le gros réseau pédophile français » existe.
Qu’il est bon pour un parent de pouvoir justifier sa paranoïa et
d’avoir le dernier mot : « rentre vite à la maison après les cours, ne parle à personne, tu vois ce que maman te dit c’est vrai, c’est écrit dans tous les journaux ! » et dans le
même temps de pouvoir rassurer les plus petits : « tu vois ceux qui ont fait du mal aux enfants sont en prison. Les méchants seront punis, mais rentre vite quand même ».
Le grand méchant loup de ces trois dernières années, c’était eux ! Mais
comment expliquer aux enfants que la justice a fait une erreur confortée par les médias. Pour eux ce ne sera qu’une fois de plus où un discours de « grand » ne voudra rien dire. Parce
qu’ils n’ont pas pu éviter cette médiatisation, mais parce qu’ils ne sont pas assez grands pour tout comprendre.
Avec 344 parutions accablantes sur les accusés d’Outreau, les médias, les
journalistes eux-mêmes ont sali l’image d’innocents dont ils n’avaient pas respecté la présomption. Sans prendre conscience des conséquences de leurs actes sur la société, le quatrième pouvoir
français sans contrepouvoir ne pourra jamais réparer son erreur.
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